
© 2013 ch-arts
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Saul Steinberg, "Wilshire & Lex", 1994, Collection Milly et Arne Glimcher, © The Saul Steinberg Foundation/Artists Rights Society (ARS)/ProLitteris, Zürich
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exposition
"Saul Steinberg: Illuminations"
Ses couvertures et ses dessins dans le magazine "The New Yorker" ont rendu Saul Steinberg (1914-1999) célèbre. On sait moins que ses dessins étaient exposés dans les mêmes galeries que les toiles de ses amis peintres de l’École de New York et que Le Corbusier, Alberto Giacometti et Henri Cartier-Bresson faisaient partie de son cercle d’amis européens. Le Kunsthaus Zürich présente du 22 août au 2 novembre 2008 la première rétrospective de ses œuvres en Suisse.
DÉMASQUER LE QUOTIDIEN
Sans s’adapter et sans être troublé, Saul Steinberg a observé et commenté son entourage – un espion, chez lui dans un monde qui croyait son déguisement impénétrable. La calligraphie, qu’il désignait comme son "vrai maître", est un élément clé permettant de comprendre l’art de Steinberg. Il voyait chaque objet et chaque individu comme leur propre autographe: les différentes personnages que l’on peut observer lors d’un cocktail; les chemins tracés dans l’air par des mains italiennes en pleine conversation; un flot de voitures sur une autoroute bordée de motels au beau milieu du désert.
Il transformait en prouesse calligraphique chaque sujet auquel il s’attaquait. Dans ses faux documents, par exemple "Passeport" (Passport), chaque signe – les fioritures gaufrées et arrogantes de l’habileté politique, les signatures tatillonnes des petits fonctionnaires – est une contrefaçon, un gribouillage, typiques de Steinberg, qui maintenait toujours une distance remplie d’humour et d’ironie envers les autorités.
LE DESSINATEUR, CARICATURISTE ET ARTISTE EN EUROPE
Steinberg est né en Roumanie en 1914 et a grandi à Bucarest. En 1933 il a entamé des études d’architecture au Regio Politecnico de Milan, un bastion du design moderne. Il a commencé sa carrière artistique en 1936 par des dessins dans "Bertoldo", magazine humoristique milanais paraissant deux fois par semaine.
En 1942 Steinberg est arrivé à New York où il avait déjà publié quelques dessins dans le "New Yorker". Alors officier dans les services de renseignements de la marine américaine et de l’OSS (Office of Strategic Services), il a envoyé des dessins depuis la Chine, l’Inde, l’Afrique du Nord et l’Italie qui ont été publiés dans le "New Yorker", puis plus tard dans son premier livre, "All in Line" (1945). Après son retour aux Etats-Unis il a produit une série de simulacres de scènes de batailles épiques (comme par exemple "Cassino") qui ont été présentés en 1946 au Museum of Modern Art.
Il a fait la connaissance de Le Corbusier et de Henri Cartier-Bresson à la fin de cette décennie. Dans les années 50 ses œuvres gagnèrent en expression et en audace. Leur forme devint plus riche et leur contenu plus philosophique. Il était présent à l’exposition universelle de 1958 à Bruxelles dans le pavillon américain avec "The Americans", un panoramique mural de 80 mètres de long fait de collages. Des musées aux USA et en Europe commencèrent à l’inviter régulièrement à exposer.
TRAITS ET MASQUES RACONTENT DES HISTOIRES
Steinberg inventait des histoires à partir de la simplicité élémentaire d’un seul trait. "La ligne" (The Line) de 1954 prend d’abord la forme de l’encre coulant de la plume d’un artiste puis devient une ligne d’horizon séparant ciel et eau. Elle se transforme ensuite en une corde à linge, une ligne de chemin de fer, une route sur une carte et ainsi de suite… Dix mètres et une centaine de métamorphoses plus loin elle retourne dans la pointe d’un stylo.
Le besoin de Saul Steinberg de se représenter les choses et les gens à l’aide de notions schématiques, très simplifiées, le conduisit à la fin des années 50 à la confection de masques en papier. Ce sont des portraits de figures typiques de cette époque – le partenaire junior énergique dans une entreprise en plein développement, l’hôtesse horripilante à une soirée – mais aussi des caricatures d’une validité intemporelle. Des différences infranchissables entre les êtres et des identités sociales rigides sont ainsi montrées. Ils représentent une chose à la fois effrayante, triste et comique: dans le regard des autres, nous sommes la caricature de nous-même.
COMIQUE ET IRONIQUE DANS LES ŒUVRES TARDIVES
En 1960 Steinberg commença à recentrer son travail autour de ses dessins et couvertures pour le New Yorker et de ses travaux pour ses galeries européennes et américaines. Jusqu’à sa mort en 1999, son champ artistique se développa dans deux directions: dans un mouvement d’ouverture vers ce qu’il appelait la "réalité politique" et dans un mouvement d’introspection vers des sujets comme le sentiment, la mémoire et le désir. Steinberg commença à travailler avec des tampons en caoutchouc, explorant les dangers modernes de l’aliénation et de la recherche individuelle d’authenticité. L’art lui-même devient un thème.
Au début des années soixante-dix, il retravailla une de ses œuvres, "Chevalier et ananas" (Knight and Pineapple), dans lequel un personnage donquichottesque se rue sur "Le Dragon des Fruits", et à l’aide d’un pochoir, d’une règle et d’un tampon Steinberg ajouta des nuages, une pyramide et une foule des flâneurs.
Son sens du comique et de l’ironie est resté intact. Dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix, il privilégia le stylo-feutre au stylo à encre. Une grande énergie se dégage toujours de ses dessins. Comme dans "Canal street", où il simule le plaisir visuel et tous azimuts du citadin regardant vers le haut, vers le bas, dans tous les sens, tout en gardant un œil sur les jeunes filles.
Pourtant l’artiste ne cache pas les revers de la médaille du système politique et social: dans "Wilshire & Lex" de 1994, les deux boulevards de Los Angeles et de Manhattan se croisent. L’influence corruptrice de l’argent new-yorkais et des rêves hollywoodiens a réduit l’Amérique à ses deux côtes.
JOUET DE L’INTELLIGENCE HUMAINE
Steinberg considérait les citoyens du vingtième siècle comme des "victimes d’une immense farce". Par son art il s’éleva, et ses contemplateurs avec lui, au-dessus des humiliations de l’époque. Il réinventa le monde moderne comme une table accueillante, parsemée de jouets pour l’esprit.
Le Kunsthaus Zürich invite le public à prendre place à cette table copieusement servie d’œuvres issues de six décennies et organise des ateliers et des visites guidées, qui éclairent le monde de Steinberg et éveille la puissance créatrice et l’imagination.
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CATALOGUE
Le catalogue de l’exposition est paru auprès de la maison d’édition Hatje Cantz. La version allemande (288 pages, 310 illustrations, la plupart en couleur) est disponible au magasin du Kunsthaus au prix de CHF 95.-.
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CONTACT MEDIAS
Pour des informations supplémentaires et du matériel photographique
Kunsthaus Zürich, Kristin Steiner
Tél. +41 (0)44 253 84 13, kristin.steiner@kunsthaus.ch
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