
© 2013 ch-arts
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"Le Gentil Garcon", Newton 2007
180 x 180 x 360 cm / polystyrène extrudé,
peinture, bois, vêtements, skateboard, caoutchouc.
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exposition
"Pas du Jeu"
avec Delphine Reist / Marc Elsener / Le Gentil Garçon / Silvana Solivella / Stéphane Zaech / Sandrine Pelletier / Geneviève Favre-Petroff / Ingrid Kaeser / Alexandra Roussopoulos / Vincent Kohler / Manon Bellet / Gaspard Buma / Alexia Turlin / Keiko Machida / Berclaz de Sierre / Maria Ceppi
Pas du Jeu, c'est ce que disent les enfants quand ils ne veulent plus se conformer aux règles. Cette exposition s'intéresse à la manière dont de jeunes artistes contemporains reprennent ou refusent les règles du jeu de l'art, les transforment et en créent de nouvelles, dans un processus de création, de re-création, et puisqu'il s'agit de jeu, de récréation.
Tout a débuté sur une proposition de Mads Olesen, directeur du Manoir de la Ville de Martigny. Mads avait la volonté de répéter chaque année une exposition collective de jeunes artistes, une sorte de Printemps du Manoir qui permettrait de dresser des panoramas de la création actuelle. J'ai vu le Manoir comme le territoire d'un imaginaire, le contraire d'un White Cube, une maison que l'on imagine, forcément, avoir été remplie d'une vaste famille et avoir vu vivre, rire et rêver de nombreux enfants. L'envie est venue de jouer avec ces traces et de les prolonger.
Qui a dit qu'une exposition doit être une expérience silencieuse et introvertie? Premier postulat, créer une atmosphère joyeuse et ludique. En prenant position sur le terrain du jeu, il devait être possible de casser quelque a priori sur l'ennui distillé dans ce genre de lieux. Cette exposition appelle le rire, l'exclamation et les questions, tout autant que le rêve et la contemplation.
L'idée était aussi d'y intéresser les enfants. Il s'agit ici de dédramatiser l'art et d'insister sur la notion de plaisir. Capter le jeune public, former les visiteurs de demain, est la tâche d'une institution communale. Comment le jeu en est-il arrivé à prendre une telle place dans l'art contemporain?
Au début du XXe siècle, Dada et les surréalistes ont étendu la notion d'art en faisant tomber les conventions. Ils ont beaucoup recouru au jeu et ont abondamment utilisé dans leurs oeuvres les Cadavres exquis, le jeu du Si, des Questions-Réponses, les proverbes détournés… Avec eux, le hasard, l'inconscient et l'expérimental font une entrée en force dans les pratiques artistiques.
L'héritage de Dada et du surréalisme explique en partie le recours actuel au jeu et à ses déclinaisons. Les idées que ces groupes ont véhiculées, leur radicalité en matière d'esthétique, leur liberté, leur humour et leur goût pour la provocation ont marqué profondément les artistes des générations suivantes. L'art contemporain est né et s'est développé sur ce positionnement.
Si les artistes du début du XXe siècle, désormais entrés dans l'histoire, ont voulu faire table rase du passé, les créateurs d'aujourd'hui ont nuancé leur position. Ils ne sont plus dans la rupture, mais dans le détournement, puisant dans les formes du passé comme dans une boîte à outils.
Cela posé, prétendre que les références au jeu ne seraient qu'un héritage des surréalistes et de Dada serait bien sûr absurde. Le jeu et l'art ont en commun leur inutile nécessité, disait Schiller. Ensemble, ils prennent aujourd'hui toutes sortes de matérialités comme on le découvre ici.
Les artistes utilisent des médias variés, peinture, installation, performance, photo, sculpture, vidéo, diaporama, dessin. Certains sont passés par l'Ecole d'art du Valais (ECAV), sont nés en Valais ou y ont travaillé, mais ce n'est pas le cas pour tous. Si une chose devait les réunir, c'est une mise en application des pratiques du jeu.
Ils ont faites leurs des notions comme le hasard, l'expérience, l'irruption de l'inconscient, la stratégie, ou plus loin encore, les jeux de rôle et la participation du regardeur-joueur. Thème voisin, l'enfance agit souvent comme un révélateur, ou un terreau de leur création artistique. Les travaux sur la mémoire, l'imagination, la spontanéité, les problèmes d'identité se déclinent sous des formes ludiques.
L'intérêt des artistes pour les pratiques du jeu croise les tendances fortes de l'art de cette dernière décennie. Les artistes sont de plus en plus nombreux à tenter des incursions dans les sciences mathématiques, en particulier lorsqu'ils travaillent sur des supports informatiques. Toutes les sciences, en particulier les sciences humaines, nourrissent leur pratique. Les références à l'ethnologie, la psychologie, la politique, la sociologie, la philosophie se multiplient.
On assiste à un intérêt accru, et concomitant, pour l'histoire de l'art. Aucune forme de savoir n'échappe à leur intérêt et la culture populaire ne fait pas exception, qui est mise sur un pied d'égalité avec les sciences universitaires. Ce télescopage reflète la diversité des sources d'informations et une pensée en réseau qui s'est répandue avec le web.
La conformation du Manoir reflète ces pratiques. Cette bâtisse familiale, avec ses pièces communicantes, offre une multiplicité de parcours à l'opposé des musées institutionnels. Au parcours unique se substitue la permission pour le visiteur de constituer son propre cheminement. L'exposition fait écho à la pratique des artistes, qui mixent les références et les genres, créant leurs propres règles du jeu.
L'abondance des entrées, à première vue désarçonnante, n'est que l'indice d'une vitalité de la jeune scène artistique et de la fièvre qui résulte de l'accélération de la mise en réseau et du transfert des données. Il est désormais moins question de travailler en opposition, et de faire perdurer l'image de l'artiste solitaire et génial, que de chercher à donner son propre sens, à créer son propre univers, sur un terrain de jeu qui a pris des dimensions planétaires.
La tentation est dès lors grande de voir le monde comme un Luna Park absurde et fantastique, ou au contraire, de chercher à imposer ses propres règles, en retranchant de la matière, pour émerger parmi un trop-plein d'images et de sens. Le jeu dit donc beaucoup du monde contemporain et de ses "en-jeux".
À travers le jeu, l'artiste parle de lui (je), de son rapport au monde et à la création artistique. Le jeu (récréation) envisage création et re-création, dans un va-et-vient entre humour et sérieux, légèreté et profondeur. Les préoccupations de ces artistes, très présentes dans la création internationale actuelle, nous invitent à bousculer nos propres règles.
Véronique Ribordy, Introduction du catalogue Art-ray 008
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PUBLICATION
Catalogue PAS DU JEU
Ed. art -ray 008, 45 p.
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CINEMA
jeudi 25 mars, 20h, Caves du Manoir, Court métrage de Pipilotti Rist: "I'm Not The Girl Who Misses Much", suivi d'un long métrage de Ray Ashley: "Le petit fugitif"
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FINISSAGE - PERFORMANCE
dimanche 18 avril, 14h-18h, Manoir, Performance d'Ingrid Kaeser: "Echange de coeur"
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VISITES GUIDEES
dimanches 21 mars, 11 et 18 avril, 17h, Manoir, Visites guidées avec la curatrice Véronique Ribordy, ou sur demande au 027.721.22.30
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