
© 2013 ch-arts
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EXPOSITION
Flynn Maria Bergmann: "Try to remember to forget"
Vernissage: 14.04.2011 à 18h
"Je me refuse à faire de différence entre aucune des minutes de moi-même."
Antonin Artaud
"Nous donnons le nom de Temps à la trame labyrinthique "des vies" d’une vie. Flynn Maria Bergmann, lui, tel Pénélope, tisse et détisse cette trame en "amant" de la vie, "refusant" jour et nuit d’abandonner l’attente fiévreuse, "prêt" à chaque seconde à l’étreinte, fût-elle mortelle.
La trame, son cri, et non son drame, nous est livrée ici "à nos frais", et aille la "valeur" chère au bourgeois cette unique forme raciale, aujourd’hui, de l’humanité, aille la valeur engraisser le fumier des négociants !
Flynn Maria Bergmann rature, assemble, colle, agrafe et déchire, c’est dire qu’il se rature, "s’"assemble et "se" rassemble, "se" déchire. Et à nous, fervents lecteurs de William S. Burroughs et Allen Ginsberg, cela nous plaît. On entre dans le travail de Flynn Maria Bergmann comme on prend la route, "on the road", pour le voyage qui ne finit jamais, quand même on finirait jeté comme un chien au fond d’un fossé.
La rature, ici, s’écrit et s’écrie, sur la vitre de la vanité du monde, sa vanité à prétendre s’écrire là où il bafouille la vie et la bafoue. Ici, dans la rature, quelqu’un contraint, contraint quelque chose à rompre les sangles du silence barbelé du contentement civilisateur. Quelqu’un, ici, expédie son télégramme à la douleur:
STOP_ALLEZ DÉCHIRÉS_STOP_RENDEZ-VOUS AU POINT CRUCIAL_STOP_LA VIE PIÉTINE DANS L’ANTICHAMBRE DÉSERTE OÙ LES PORTES LUI SONT MURÉES_STOP
Flynn Maria Bergmann taille, coupe l’espace qu’il rend au temps, taille, coupe le temps qu’il rend à l’espace. Il "géographie" le rêve du désir, ce rêve aujourd’hui planté de checkpoint par cette lâcheté "énoncée" dans nos agendas prévoyants et anonymes. Ici, l’emploi du temps se décline dans le corps de celui qui, de l’angoisse, fait vitesse, fait mouvement comme corps d’armée, fait mouvement armé de son corps, vers le centre de la tornade, mouvement jouissant, jouisseur, vers ce centre sombre où l’analphabète se prélasse, campé en concierge royal sur le trône de ses maîtres qui eux prennent leurs vacances sur les plages de Floride.
Flynn Maria Bergmann, rageur, déloge ce concierge-là comme un qui chassa les marchants du Temple. Il le fait en Prométhée voleur de feu jetant son foie en pâture pour nourrir des oiseaux, non l’idée du vol mais bien "la chair ailée".
Au zoo, l’animal vous regarde inventeur de barreaux. Profitez donc, ici, d’être regardé non par ce que vous croyez être vous-même mais par ce que vous pourriez devenir en amitié du temps et de l’espace, amoureux de votre errance. Ecoutez celui qui dit:" Tramez vos vies! Try to remember to forget!""
Jacques Roman
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